Transformer un message pour le protéger
Chiffrer, c'est transformer un texte clair en un texte inintelligible à l'aide d'une clé. Seul celui qui possède la bonne clé peut faire le chemin inverse — déchiffrer — et retrouver le message. Pour tous les autres, ce n'est qu'une suite de caractères sans queue ni tête. L'objectif n'est pas de cacher qu'un message existe (ça, c'est la stéganographie), mais de le rendre inexploitable même si quelqu'un l'intercepte.
Chiffrer n'est pas « crypter ». En bon français on chiffre (avec une clé) et on déchiffre (avec la clé). « Décrypter », c'est casser un message sans avoir la clé — le travail de l'attaquant. « Crypter » n'existe pas : on ne cache pas un message sans savoir comment le récupérer.
Message, algorithme, clé
Tout chiffrement combine trois éléments. Le plus important à retenir tient en une règle, posée dès 1883 par Auguste Kerckhoffs :
La méthode de transformation. Il est public : tout le monde peut le connaître, l'étudier, l'attaquer. C'est même souhaitable.
Le secret. C'est elle, et elle seule, qui protège le message. Si la clé fuite, tout est perdu, même avec le meilleur algorithme.
Le texte clair en entrée ; le texte chiffré (le cryptogramme) en sortie.
Principe de Kerckhoffs. La sécurité d'un système ne doit reposer que sur le secret de la clé, jamais sur le secret de l'algorithme. Un algorithme public, examiné par des milliers d'experts, est bien plus sûr qu'un algorithme « secret » que personne n'a pu éprouver. C'est l'exact opposite de l'obfuscation.
Symétrique et asymétrique
Toute la cryptographie moderne se répartit en deux grandes approches, selon qu'on utilise une seule clé ou une paire de clés.
Symétrique
La même clé chiffre et déchiffre. Rapide, idéale pour de gros volumes. Problème : comment transmettre la clé à son correspondant sans que personne ne l'intercepte ? C'est le « problème de l'échange de clé ».
AES, ChaCha20
Asymétrique
Deux clés liées mathématiquement : une publique (un cadenas ouvert qu'on distribue à tous) et une privée (la seule qui ouvre ce cadenas, gardée secrète). On chiffre avec la publique, on déchiffre avec la privée. Plus lent, mais résout l'échange de clé.
RSA, ECC
En pratique, on combine les deux. Quand vous ouvrez un site en https, votre navigateur utilise l'asymétrique le temps de se mettre d'accord sur une clé symétrique jetable, puis tout le reste de l'échange se fait en symétrique — le rapide. Le meilleur des deux mondes.
Le hachage : chiffrer à sens unique
À côté du chiffrement, une fonction de hachage (SHA-256, par exemple) transforme n'importe quelle donnée en une empreinte de taille fixe. Mais contrairement au chiffrement, c'est irréversible : on ne peut pas revenir en arrière. On s'en sert pour vérifier l'intégrité d'un fichier, ou pour stocker des mots de passe sans jamais garder le mot de passe lui-même.
Chiffrement
clair → chiffré → clair. On veut récupérer le message.
Hachage
donnée → empreinte. On veut juste vérifier, pas récupérer.
Signature
Hachage + clé privée : prouve qui a écrit, et que rien n'a bougé.
Fabriquez votre propre chiffre
Pour sentir comment ça marche, voici deux chiffrements « maison » qui tournent entièrement dans votre navigateur (rien n'est envoyé nulle part). Le César décale chaque lettre d'un cran ; le XOR combine chaque caractère avec une clé, caractère par caractère — c'est le squelette de beaucoup de chiffrements réels, en bien plus simple.
Chiffrer / déchiffrer
Astuce : chiffrez un message, copiez le résultat dans le champ « Message », reprenez la même clé et cliquez « Déchiffrer » : vous devez retomber sur le texte d'origine.
À ne JAMAIS utiliser pour de vrai. César et XOR « maison » se cassent en quelques secondes avec un simple ordinateur (analyse de fréquence, clé devinée). La règle d'or des professionnels : « ne roulez pas votre propre crypto ». Pour protéger de vraies données, on utilise des algorithmes éprouvés (AES, ChaCha20, RSA) via des bibliothèques reconnues (libsodium, l'API Web Crypto du navigateur, GnuPG). Cet atelier est là pour comprendre, pas pour protéger.
L'essentiel
- Chiffrer = transformer un message avec une clé ; seul celui qui a la clé déchiffre.
- Kerckhoffs : l'algorithme est public, seul le secret de la clé protège.
- Symétrique (une clé, rapide) vs asymétrique (paire publique/privée, résout l'échange) ; le web combine les deux.
- Le hachage est un sens unique : vérifier, pas récupérer.
- Pour de vrai : jamais de crypto maison, toujours des algorithmes et bibliothèques éprouvés.